Arielle Dombasle: « Je suis ultra-vulnérable » (L’Express)

L’inclassable artiste vient de réaliser Alien Crystal Palace, en salle le 23 janvier. L’Express se penche sur son style.

La comédienne, chanteuse et égérie aime les pas de côté. On la retrouve, en cette rentrée, derrière la caméra, avec un long-métrage assez foutraque, Alien Crystal Palace, où elle rassemble Asia Argento, Michel Fau ou encore Nicolas Ker (en salles le 23 janvier). Petite auto-introspection de l’artiste.

L’express : Comment décririez-vous le style de votre nouveau film ? 

Arielle Dombasle : Ce qui caractérise Alien Crystal Palace, c’est, je crois, un hyperréalisme fantasmagorique. 

Oui, mais encore ? 

C’est un style que je dois à mes admirations de toujours : Tarkovsky, Cronenberg, Lynch… Bunuel aussi bien sûr – que j’ai découvert au Mexique -, les films noirs américains également, sans oublier la musicalité dansante des grandes comédies musicales des années 1950. Parmi les autres affluents de mon inspiration, il y a l’iconographie Marvel, plus « comic books ». 

Quels sont les quatre ou cinq mots qui définissent, selon vous, votre propre style ? 

Une formule : « Le style, c’est l’homme » ; l’écriture musicale (car j’entends les bandes-son avant de voir les images) ; la recherche de la beauté ; le mystère. Je crois n’avoir jamais eu vraiment à chercher mon style. Jusqu’ici, vous voyez, je ne m’étais même jamais penchée sur sa définition… 

Quel style de cinéphile êtes-vous ? 

Assez intense. Mais surtout nostalgique. C’est une figure un peu disparue que celle du cinéphile à la Daney, vous ne trouvez pas ? La toute-puissance du marketing promotionnel est l’effet obligé de la pensée zappeuse qui nous gouverne désormais. Je suis très admirative de ce qu’a représenté la nouvelle vague ; elle n’a cessé de se demander, à partir de la réflexion et de la poésie, quelle forme il convenait d’inventer. Ce monde, hélas, est assez révolu. Ce qui m’emporte, chaque fois, ce sont les films qui ouvrent sur un arrière-monde littéraire, musical, pictural, qui émeut, qui bouleverse… 

Quel style de lectrice êtes-vous ? 

Je ne le sais pas ! Mais je relis éternellement Borges, Molière, Baudelaire, Morand aussi. Nietzsche, souvent. Cocteau, inlassablement. Ou Le Combat avec les démonsde Stefan Zweig. 

L’un de vos acteurs dans Alien Crystal Palace est le musicien Nicolas Ker. Quoi de commun entre votre style et le sien ?  

Nous sommes issus de cosmos assez antithétiques, c’est vrai… A lui, le punk destroy lyrique façon The Cure, Joy Division, le rock à la Bowie – un univers que je connaissais, jusqu’ici, assez mal… A moi, le classicisme, les airs sacrés, le bel canto. Mais nous nous rejoignons par notre osmose musicale. Par l’harmonie des timbres vocaux qui s’est nouée entre nous, nous avons fondamentalement les mêmes goûts, les mêmes dégoûts très sûrs ! Le Velvet Underground a été notre premier tissu de profonde entente, Warhol bien sûr. Nous avons pleuré ensemble sur du Nick Cave ! 

Selon Stendhal, le style devait « être comme un vernis transparent », qui n’a pas à « altérer les couleurs, ou les faits et pensées sur lesquels il est placé ».D’accord avec lui? 

En ce qui concerne le cinéma, ce n’est pas le mot de vernis que je choisirais. Le style et le propos sont indissociablement mêlés. Le cinématographe, cette « encre de lumière », disait Cocteau… Son écriture m’évoque plutôt une sorte d’architecture de verre. Je marche beaucoup à l’instinctif aussi, la divagation, le somnambulisme… 

Pourriez-vous passer l’éponge sur une critique sévère pourvu qu’elle soit écrite avec style ? 

Je suis toujours touchée par ce qui est écrit sur moi. Je n’ai pas de blindage… Je suis ultra-vulnérable. Cela m’ôte la force de « passer l’éponge », comme vous dites. Disons que le style, s’il est là, peut me conduire à pardonner à moitié quelqu’un qui m’assassine. 

Quand vous avez rencontré votre mari, le philosophe Bernard-Henri Lévy, qu’avez-vous pensé de son style ? 

Oh, comme c’est délicat, ça ! Disons que j’ai été éblouie, comme terrassée, par son lyrisme ténébreux. Et j’ai immédiatement été sensible à ce qu’il y a d’unique dans cet alliage de réflexion et de fougue, dans un style assez héroïque. 

Son style vous paraît indémodable ? 

Plutôt hors modes. Idées fixes intemporelles !