Palimpsestes décalqués et tremblants, resurgis à l’encre de sang chimique (La Règle Du Jeu)

Arielle Dombasle par Nicolas Ker : après l’album « La Rivière Atlantique ».

« Vous comprendrez que j’aurais du mal à le convertir » (Arielle Dombasle)

Or donc, une interview récente d’Arielle pour un hebdomadaire français. Le journaliste a fait ses devoirs, il a lu en biais les torrents de rapports la concernant sur internet. Soumis, comme beaucoup, au côté sombre de cette grande invention : la société du commentaire. Chacun y va de sa petite musique, partageant son avis sur des films non vus, des livres non lus, des disques non écoutés, des programmes politiques non auscultés.
Bon, c’est ainsi : l’internet est une bibliothèque d’Alexandrie sublime détenant, en plus de l’or, du platine et de l’uranium de nos pensées, la merde de ses graffitis de latrines, assis de biais sur son trône de silicium (qui est par ailleurs l’enjeu d’une guerre secrète en Afrique, mais ceci est une autre histoire).

Le journaliste tord absolument les propos d’Arielle, la faisant passer pour quelqu’un qui s’érigerait en juge du haut de sa suffisance, elle qui se tient exactement à l’envers de cela. Je peux en témoigner car j’ai fait les frais de cette réécriture. Or donc, lors d’un récent voyage de notre groupe à Moscou, j’aurais bu du whisky et chanté à tue-tête dans la cabine de l’avion, complètement défoncé, mais « heureusement qu’on était en première classe ».

Dans mon souvenir, j’avais en effet du whisky dans mon bagage, mais n’ai fait que dormir pendant tout le vol, à moitié malade, et n’avais certainement pas la force de chanter du Bel Canto ou du Motley Crüe.

« Arielle » aurait aussi déclaré que Houellebecq n’a plus de dents, que Mika n’est que marketing, que Octavian a été tué par sa famille, le trouvant trop émasculé, et que BHL aurait pu déclarer : « Je m’en fous, je pars pour Alep ». J’avoue que connaissant tout de même un peu Arielle maintenant, je comprends qu’elle puisse être mortifiée qu’on lui prête ce genre de raisonnements étriqués, ce champ lexical fielleux et ce genre de jugements à l’emporte-pièces; ce n’est même plus un reflet déformé de palais des glaces ni une anamorphose, mais juste une aberration.

J’avoue une forme de perversité que je ne me connaissais pas, car tout cela me fait beaucoup rire, bien qu’Arielle s’en torde les mains. Lou Reed avait constaté le même travers chez Andy Warhol qui explosait de rire à chaque ineptie proférée à son encontre. Quitte à abattre des arbres, autant vendre des magazines sans aucune vergogne, on entendra cela, panique totale face à la disparition de la presse papier.

Mais, quelque chose grince, et là, l’éclat de rire se fige. Je cite :
« En parlant de Bernard-Henri, j’ai vu que sa soeur s’était convertie au catholicisme. Vous y êtes forcément pour quelque chose, non ? »
Puis :
« Maintenant, c’est Bernard-Henri qu’il faut convaincre! »
A vue de nez, je ne pense même pas que ce journaliste soit antisémite (ni même chrétien, saurait-il même citer les prénoms des évangélistes au débotté ?).
Dans ce grand cirque au scandale, l’antisémitisme bonhomme n’est qu’un tour de piste de plus, une bergère et un ramoneur aux cieux étoilés en équilibre sur un canasson mécanique au pas englué dans la boue.

Et alors Arielle en pleure, elle si profondément catholique, d’un catholicisme mexicain bleu et or – elle qui m’a déclaré un jour avec légèreté et aplomb : « il me semble évident que je n’aurais pu aimer comme cela qu’un juif ».

Les arbres abattus comprennent sa peine et son courage de se taire.