Arielle Dombasle & Nicolas Ker : Un enchantement sonore (Bazar Music)

Arielle Dombasle a été toujours quelqu’un qui m’a un peu fasciné. Une sorte de fée perdue dans notre monde médiatisé où il n’y a que peu de place pour Une Rivière Atlantique. Pas celle que nous offre Nicolas Ker qui a su séduire la belle afin de former un couple à part. Un couple étrange, un couple séduisant tant dans la qualité vocale que dans les quelques clichés en NB que l’on peut voir. Le ténébreux et la fée devenue plus sombre, pas plus triste, plus kerienne, où alors c’est ce qu’elle est. Mais pourquoi la belle Arielle vient-elle se perdre, loin du son opéra, où variété toujours un peu décalée, dans ce sombre univers, au risque peut-être de se noyer dans cette rivière qui semble aussi profonde que l’océan dont elle porte le nom ? Mais Arielle sait nager et en duo. La voix de Nicolas face à celle d’Arielle, parfois ensemble, parfois se répondant, nous surprend par un enchantement sonore qui sur scène devrait demeurer intact.
Un enchantement sonore, une confrontation amicale, bénéfique, édifiante, des rythmes qui vous arrachent les tripes. Une chanson qui commence comme….
 
… Lorsque j’étais petit, la première fois que j’ai écouté Wishbone Ash ou Nektar, voir même Titanic, il y avait au début du morceau quelque chose… en moi qui se passait : tu rentres dans un autre monde. La même chose avec la bande son du film Woodstock, une impression… la même impression et cela me le fait à chaque écoute… troublant… apaisant… excitant… ravissant…
 
… Une chanson donc qui commence comme… et marque, Nicolas Ker sait composer… On ne s’ennuie pas dans cet album voguant, suivant le cours d’eau imposé par le maître et sa musique douce et puissante dont il ne peut qu’en être rassuré : personne ne lui dira que sa musique est nulle. Sauf celui qui n’aime pas la bonne musique, celui qui n’aime pas rêver un moment, se laisser bercer de chanson en chanson, en traversant même à travers la tempête. Douze titres « apostoliques » qui nous annoncent une bonne nouvelle musicale : Arielle a trouvé sa Bête. Je pensais à les regarder, à les entendre, parfois cette voix profonde et forte de Nicolas Ker et à la voix si douce et puissante d’Arielle Dombasle : à la Belle et la Bête. Mais deux marins d’eau rock et sombre dont on aperçoit ni le fond ni la fin, mais non, c’est trop commun pour un tel album, trop pauvre, sauf… sauf si l’on pense à Jean Cocteau, à son film magnifique que ne sera jamais égalé. Jamais ? comme cet album ? Nous verrons cela… car nous n’avons pas trouvé comment exprimer ce duo : la Belle et…. Ou alors la Fée et le Génie… Ou mieux la Diva et le Musicien… bas tout ceci est banal, trop nul, loin de la hauteur de l’oeuvre. Ce disque n’est pas banal, il est beau, il est excellent de la première à la dernière chanson. Trop complaisant ? Pensez ce que vous voulez, je dis ce que j’entends et La Rivière Atlantique m’a emporté, englouti dans le monde de Philémon. Et ce que je vois : Une Femme et un Homme. Voilà qui me plait bien. Oui, c’est cela, et en NB s’il vous plait. Vidéo sobre du premier single avec éclairs, tant il y a d’électricité dans les sons qui pulsent en douceur, avec ferveur, avec puissance.
 
La Rivière Atlantique. J’ai pensé, c’est le meilleur album que je n’ai jamais écouté, c’est le seul album que j’entends pour la première fois : à cause de l’effet que produit le génie, sur mon être tout tourné à la recherche du son qui frappe, qui vous invente une gamme, violons à l’appuis, de frissons indescriptibles… c’est rare. Alors est-ce le meilleur album qu’il m’a été donné de me régaler à l’écoute  d’une merveille après l’autre, délectation kerienne d’une joie infinie ? Je voudrai l’écrire oui. Alors pour mettre tout le monde d’accord le meilleur album est « Metal machine Musique » de Lou Reed et la meilleure chanson est 4 :33 de John Cage. Voilà basta pas de débat ne souillons pas l’instant de deeux êtres qui se retrouve d’une manière…. improbable ?
 
Tout le monde ne sera pas d’accord, n’importe. Ce qui est nécessaire à dire, c’est que La Rivière Atlantique ne décevra jamais celui qui aime entendre deux la Femme et l’Homme différents, beaux, talentueux… improbables ? Non plus que probables tant ils sont unis dans la beauté sombre, profonde, qui coule , c’est une rivière que cet album une Rivière Atlantique… c’est beaucoup.
 

Interview de Arielle Dombasle et de Nicolas Ker
 
« Quand le texte est génial cela donne une intensité »
 
(Arielle Dombasle et Nicolas Ker)
 
Ichigo Samuru : Dès que j’ai vu, sur Twitter, la publicité de la sortie de votre album, j’ai de suite réagi curieux d’entendre ce que je savais déjà être l’un des meilleurs albums sortis depuis un certain temps.
 
Le fait de constituer ce duo est une idée absolument lumineuse. Mais est-ce l’album de Arielle Dombasle ou celui de Nicolas Ker ?
 
Nicolas Ker : Les deux, et d’ailleurs nous préparons un deuxième album. Il sera différent.
 
Arielle Dombasles : Nicolas est trop méconnu.
 
I.S. : Donner un non à votre duo, l’idée vous est-elle venue ?
 
A.D . et N.K. : Non.
 
I.S. : Votre album, j’en ai déjà écrit une chronique. Mais voilà, j’ai un point faible : je ne comprends pas bien l’anglais. Mais cela ne me gêne pas pour apprécier car j’écoute la musicalité de la voix. Vos voix deviennent alors des instruments. Voilà ma question : Que raconte votre album « La Rivière Atlantique » ?
 
N.K. : L’album est écrit sincèrement. Les textes sont beaux, il n’y a donc pas besoin de comprendre.

A.D. : Au XVIIIe siècle on parlait de ces chansons qui vont n’importe où. L’important c’est d’être emporté.
 
N.K. : Quand les gens sont emportés, le texte est génial, cela donne une intensité.

A.D : C’est un sens transcendant. Nicolas écrit de beaux textes.
 
I.S.: Arielle Dombasle vous êtes vous sentie de suite à l’aise avec l’univers de Nicolas Ker, avec ses textes ?
 
A.D. : De manière inégale j’ai aimé la musique, le sens des textes. Nous partageons une communauté de goût.
 
I.S. : Nicolas Ker, vous êtes-vous de suite senti à l’aise de chanter avec Arielle connaissant sa capacité vocale ?
 
N.K. : Immédiatement. Mais pour l’album plutôt son côté murmure que son registre lytique.

A.D. : C’est une tessiture qu’il voulait. On se met au service d’une musique. C’est la chanson qui décide.
 
I.S. : Arielle était-elle celle qui devait faire ce duo ?
 
N.K. : Bien sûr, c’est évident. D’ailleurs il y aura un deuxième album.
 
I.S. : Comment vivez-vous cet album sur scène ? Improvisez-vous ou alors vous ne laissez aucune place à l’impro ?

N.K. : Sur scène c’est plus Rock. J’ai des musiciens très intellectuels, Ce sont les mêmes chansons, mais sur scène ce n’est pas la même chose.

A.D : D’ailleurs la disposition géographique n’est pas la même ; on est autre.
 
I.S. : Est-ce que vous avez les mêmes musiciens sur scène que sur l’album ?

N.K. : Ce sont les mêmes plus deux.
 
I.S. : Comment ressentez-vous l’accueil du public ?

N.K. : Le public est plutôt content.
 
A.D. : Nous avons reçu des messages très touchants autant pour l’album que pour les concerts.
 
(S’en suit une discussion qui m’oblige à poser la question « obligatoire » que je pose d’habitude aux artistes)
 
I.S. : Si un malade vous dit que votre musique lui fait du bien, apaise ses maux, le fait voyager, que dites-vous ?
 
N.K. et A.D. : C’est pour cela que nous faisons de la musique.
 
Après avoir interviewé le duo, nous passons à Arielle Dombasle:
 

J’ai regardé un peu votre discographie. Vous semblez à l’aise en duo ?

« A l’aise » n’est pas le mot. J’entre dans des cosmos. J’aime être révélée par des conjonctions : ce sont des gens qui m’inspirent.
 
Sur scène préférez-vous être en solo ou en duo ? Le Fait d’être en duo, n’est-ce pas pour vous un ajout de stress ?
 
Les duos ne sont pas un ajout de stress, les voix sont des instruments. La partition qu’on a à jouer nous la chantons.
 
Le côté sombre de Nicolas Ker raisonne-t-il avec une partie de votre personne ?
 
A.D. : Oui, nous partageons le même goût du romantisme noir, des sentiments que nous mettons en lumière.
 
On me dit parfois que vous avez l’air triste. Qu’en pensez-vous ?
 
Je suis mélancolique. Je suis née gaie, mais après la vie se complique.
 
(Permettez-moi une remarque concernant Arielle Dombasle. Cette mélancolie, trouve sa place dans « La Rivière Atlantique ». Ce n’est pas juste une impression mais dans « La Rivière Atlantique », Arielle est loin de jouer la comédie. Pourtant cette mélancolie rayonne, mise en lumière elle ne montre que beauté, une beauté sensible, pas triste)
 
Lorsque je vous voix, Arielle Dombasle, vous m’intriguez. Je me rappelle de la toute première fois que je vous ai vue sur le petit écran. Et lorsque j’ai regardé la pièce « Folle Amanda », mes yeux ne pouvaient se détacher de vous. Et une pensée m’est venue, un titre : La musicalité d’Arielle Dombasle ». Vous êtes une femme musicale. Votre entrée sur scène est un moment incroyable, un moment intense, et là dans cet instant comme figé dans le temps, j’ai vu cette musicalité et ensuite tout du long de cette pièce. En fait il y a un chiasme entre votre entrée silencieusement musicale et votre final en chanson. Qu’en pensez-vous ?

Cela me flatte.
 
Arielle Dombasle, vous savez tout chanter. D’où vient ce talent ?

A un moment donné dans la vie, il y a un moment qui m’a fait éclore.
 
Vous avez chanté divers styles, en passant par le cabaret, sortis divers albums dont un surprenant avec Philippe Katerine et vous voilà avec Nicolas Ker. Voyez-vous un lien dans votre travail ? Ou alors votre carrière est comme une peinture contemporaine avec des couleurs par-ci, par-là ?
 
Il faut être moderne comme dit Rimbaud… Arthur.
 
Nicolas Ker en deux mots ?
 
Le poète rimbaldien par excellence.
 
Nous quittons avec regret Arielle Dombasle, oui, il faut aller vite et nous nous tournons ver Nicolas Ker :
 

Pourquoi jouez-vous de la musique, Nicolas Ker ?

Pour guérir. Pour faire partie humblement de votre thérapie.
 
(ému, je le remercie)
 
Pour qui jouez-vous de la musique ?
 
N.K. : Pour tout le monde.
 
A.D. : Pour se guérir aussi.
 
Pourquoi un duo ?
 
Par nécessité.
 
Est-ce plus difficile de composer lorsqu’il y a deux voix ?
 
Non, ce sont deux instruments.
 
Composez-vous en vue de la scène ?
 
Non l’album c’est de la chanson. Sur scène cela devient plus du saltimbanque.
 
Aimez-vous la scène ?
 
J’adore. Comme ça je m’oublie.
 
J’imagine qu’il y a un avant, un pendant et un après concert. Pouvez-vous nous raconter ?
 
Avant le concert, je m’en fiche. Pendant, je m’oublie. Après, le concert je ne suis pas bien du tout.
 
Qui vous inspire le plus ?
 
Arielle Dombasle
 
Pourquoi cette attirance pour le sombre ?
 
C’est la tristesse, la beauté.
 
Arielle Dombasle en deux mots :

Impossible à résumer, elle est un mystère, une énigme.
 
Je vous laisse conclure.
 
Merci beaucoup, c’est adorable.
 
 
Quitter ces deux artistes de talent, même au téléphone, comme pour chaque artiste est un déchirement. Vous devez comprendre cela n’est-ce pas ? Et dans l’interview qui peut paraître un peu froid, je ne peux pas vous retranscrire les rires, l’amour d’Arielle, sa douceur, et la gentillesse de Nicolas, et que dire de la patience de Marie Britsch (d’ailleurs, Marie, qui vous avait parlé de dix minutes ?) Merci pour votre patience. Je vous aime tous les trois.

Crédits photos : Amélie Lengrand, Allexandre Dumont, Didier Brun, Jacovides-Moreau/Bestimage.
 
Ichigo Samuru