Arielle Dombasle, Nicolas Ker, et Henri Graetz… nous emmènent sur la rivière atlantique (Vinyles & moi)

La vie est jonchée de surprises, de rencontres improbables, fortuites et qui s’offrent à vous telles des récompenses à un travail acharné. J’en profite d’ailleurs avant toute chose, à remercier sincèrement Alexandre DUMONT d’avoir permis à cette interview de voir le jour. Cet article se voudra plus étoffé qu’à l’accoutumée, car la matière se faisant abondante, et l’envie de creuser un bout de sillon avec ces trois artistes poétiques, profonds, aux confins de l’imaginaire, à la plume onirique et aux nombreux talents se faisant insistante, nous voici ensemble, pour un merveilleux moment d’échange.

1 / Au vu de la notoriété qui vous accompagne, il ne me semblera pas utile de vous demander de vous présenter, en revanche et ce sera ma première question, j’aimerai savoir le rôle que vous avez chacun pu endosser pour l’enregistrement de ce nouveau projet intitulé «  La rivière Atlantique » ? au delà même de vos rôles habituels j’entends…

Arielle : C’est trois ans de travail, d’enregistrement en live ; miracle d’un projet enregistré avec la présence de tous les musiciens et qui s’est étalé sur plusieurs mois : c’est ça qui donne la vérité, l’ampleur, la beauté d’un projet ! Ça s’entend !

Henri : Arrangeur musical. Autant par le passé, on me demandait souvent d’harmoniser des cordes pour quatuor ou ensemble à cordes, autant cette fois, il s’agissait de s’occuper des arrangements complets des morceaux, chose que je n’avais faite que quelques fois par le passé (pour des enregistrements plus mineurs) ; une tâche à laquelle je me suis acquitté en collaboration avec Arnaud Roulin et le preneur de son Luc Rougy (et l’aide d’excellents musiciens comme Mark Kerr à la batterie ou Eat Gas aux guitares).

Nicolas : La notoriété, tout comme le pouvoir, me sont des notions absolument étrangères. Tous comme les rôles que les muses me feraient endosser; je râle car je suis bien sous le seuil de pauvreté, ce qui n’est guère agréable.

2 / Dites moi lequel d’entre vous éprouve le plus de lien avec le vinyle ? peut-être vous trois me répondrez-vous et si c’est le cas, dites moi en quelle mesure cet objet vous importe ?

Arielle : J’ai découvert la musique dès l’âge de quatre and au travers des vinyles de mes parents Bach, Prokofiev, Debussy, Armstrong, Billie Holiday, Sinatra, mais aussi Pink Floyd, The Doors, le Velvet Underground qu’ils écoutaient toute la journée. Quand j’étais enfant, pour moi, la musique ce n’était que le vinyle.

Henri : Je pense que, de nous trois, il s’agit de moi qui suis le plus féru de vinyle. En effet, je n’écoute de musique que via ce support (à l’exception de quelques fichiers digitaux sur mon ordinateur ou mon téléphone). Donc, mon rapport à la musique est presque entièrement lié aux vinyles.

Nicolas : Je m’en fiche malheureusement, j’ai donné tous mes vynils il y’a bien longtemps. Je ne suis pas sûr que ce fut une excellente idée; mais voilà: c’est ainsi.

3 / Le projet « La rivière Atlantique » est sorti en vinyle, et ce fût une excellente nouvelle pour nous tous, pouvez-vous me dire, si ce choix était personnel, ou s’il incombe seulement au marketing et au marché qui tend de plus en plus vers ce média ?  

Nicolas : C’est un cadeau absolument chic et généreux.  

Henri : Le disque n’a paru, dans un premier temps, que sur CD. J’en étais fort attristé du fait de la relation aux disques que j’explique ci-dessus. J’ai donc beaucoup insisté auprès de Valérie Michelin (la manageuse d’Arielle), en lui parlant de tous ces tirages vinyles que l’on trouve désormais en version limitée (500 exemplaires). Je pense être arrivé à convaincre le staff de l’opportunité et de la nécessité de cette parution, au milieu de toutes les autres sorties qui sortent désormais sous ce format — pour mon plus grand plaisir bien sûr!   

Arielle : C’était un choix totalement passionnel ! Notre violoniste Henri Graetz, grand collectionneur et grand connaisseur, ne pouvait concevoir La Rivière Atlantique sans le vinyle.

4 / Cet album relève du fantastique, de l’émotion pure, et dans son aspect fantasque nous entraine bien loin du monde dans lequel nous vivons actuellement, était-ce un besoin pour vous trois ? une sorte de cure salvatrice ?

Arielle : Oui, assurément ! Nous sommes sur les traces du Velvet mais aussi du romantisme noir, Hölderlin, Kleist, Edgar Poe, Baudelaire…

Nicolas : On ne fait pas ce que l’on veut, mais ce que l’on peut. Personnellement, je trouve ce LP particulièrement réussi. 

Henri : J’ai du mal à répondre à cette question. En effet, je me suis construit un univers un peu préservé du monde extérieur. Je passe une grande part de mon temps à lire et à étudier les écrivains surréalistes ou situationnistes (les peintres également), avec une prédilection toute particulière pour André Breton. Je ne sais pas si j’ai pu faire passer un peu de cet univers dans l’album ; mais en tous cas, ces atmosphères ne me quittent jamais. 

5 / Le vinyle est un moyen d’écouter de la musique, mais surtout d’en profiter, de ne pas se jeter sur une souris pour cliquer sur le prochain titre, est-ce important d’après vous ? et cet album ne fait-il pas parti de ceux que l’on prend le temps de découvrir, de vivre, presque telle une expérience ?

Nicolas : Oui, c’est dommage, il me semble qu’à partir de la fin des années 60, tout LP de pop/rock digne de ce nom relevait de la forme de l’opéra, c’est avec cette forme que j’ai grandi. C’est fini, nous en sommes revenus à la forme du single. Pourquoi pas, finalement ? Dans ce cas-là, autant détruire le format LP, qui charrie maintenant trop de scories. 

Arielle : Absolument, oui ! C’est ce que j’entends de toute part : « Je plonge dans votre musique, je plane comme dans un océan ; émotion et transe… Amour garanti ! »

Henri : Je pense qu’en effet cela est primordial pour moi, l’ordre des chansons sur un disque est sacré. C’est pour cela entre autres que je me reconnais tant dans le format du vinyle : il y a l’ordre précis des chansons, les deux faces qui peuvent chacune amener une atmosphère particulière. La musique retrouve un peu de son côté solennel, et n’est plus une activité annexe. On s’assied dans son salon, et l’on se concentre vraiment sur le disque que l’on a choisi d’écouter. 


6 / Que pensez-vous du « retour du vinyle » comme on le nomme ?

Henri : Pour moi, le vinyle n’a jamais vraiment disparu. J’ai commencé à écouter de la musique sur vinyle dès mes quatre ans, lorsque mes parents m’ont acheté mon premier tourne-disque. Du coup, j’ai encore ici chez moi certains vinyles que j’avais lorsque j’étais enfant, et qui m’ont suivi toute ma vie dans mes déménagements. C’est vrai qu’il y a eu une époque où le CD dominait tout. Mais je savais qu’en Angleterre les principaux albums continuaient à paraître en vinyle en très petit tirage, ce qui fait au final qu’il n’a jamais vraiment disparu… Je me rappelle, vers 2000/2001, qu’il y avait déjà eu un premier « retour » (beaucoup plus modeste qu’aujourd’hui il est vrai), et c’était déjà une de mes grandes joies, dans ces années-là, d’aller aux bureaux de certains labels pour lesquels je travaillais alors et de revenir ensuite chez moi avec des parutions qu’ils publiaient sous pochettes en carton (certains disques sur lesquels j’avais joué ou non : Michael Head des Pales Fontains, Autour de Lucie, DJ Cam, etc…) : c’était toujours un sentiment à part de revenir chez soi avec de si beaux objets : l’artwork sur grandes pochettes, les pochettes ouvrantes, l’odeur du carton… On avait vraiment l’impression d’avoir un objet à chérir, bien plus luxueux que la cassette ou le CD.

Arielle : C’est extra !

Nicolas :  Je n’ai même pas de platine pour écouter mes propres disques. En pensera qui voudra. 

7 / Le vinyle vous évoque t-il des choses, des souvenirs ? est-ce d’après vous un objet du passé ? du présent ? ou peut-être même intemporel ?

Nicolas : Non, je préférais les K7, au moins elles ne se rayaient pas. Par contre le format carton des pochettes étaient chics. 

Arielle : Le vinyle, c’est l’objet essentiel de l’instant présent !

Henri : Pour ma part, c’est un objet intemporel. Chez les disquaires d’occasions, on peut trouver des enregistrements de toutes les décennies. C’est vrai qu’il y a certains disques des années 90 très difficiles à trouver (ou jamais parus en vinyle), mais cela ne représente tout de même qu’une infime minorité. Grâce à des sites comme « Discogs », on a tout de même accès à des centaines de milliers de références ! 

Pour évoquer un souvenir, comme je l’ai dit plus haut, j’ai eu mon premier pick-up à l’âge de quatre ans ! C’est une époque où je n’avais le droit que d’écouter de la musique classique. Néanmoins, au supermarché, mes parents m’avaient concédé l’obtention d’un 33 tours de Chantal Goya, qui me fascinait totalement, et que j’écoutais en boucle tous les jours ; qui était presque comme un ami. J’étais tellement petit que quand j’ouvrais la pochette gatefold, je tombais en arrière sur mes fesses : le carton était bien trop grand pour mes petits bras. 


8 / Quels sont vos projets à venir à tous les trois ?

Arielle : Nous avons toute une série de concerts à travers la France et l’Europe où nous jouerons La Rivière Atlantique !

Henri : Nous partons en tournée à l’automne pour défendre l’album. Une vingtaine de dates est déjà programmée. De mon côté, en 2018, je voudrais m’investir dans un travail littéraire qui me tient à cœur, à propos du Surréalisme. Je ne veux pas en dire plus, car je suis un peu superstitieux, et j’espère qu’il pourra aboutir… Mais, bien évidemment, la musique est une grande part de ma vie, et j’ai en tête quelques autres projets personnels à concrétiser. 

Nicolas : A envisager. Empire, tous les trois, dès que j’arriverai à le monter financièrement.

9 / Dites mois les 5 vinyles que vous écoutez en ce moment ? 

Nicolas : Rien. J’ai des déjà assez de mal à entendre ce que me reproche Mina, à moitié sourde.

Henri : Quelle question difficile !!! C’est vraiment dur pour moi de répondre à cela, pour une raison simple : laissez-moi vous décrire mon appartement. A droite, figurent de très grandes étagères dans lesquelles sont entreposés 2000 livres environ. A gauche, il y a le salon et son canapé, et juste à côté, un ampli, deux grands baffles de marque « Focal « , et plusieurs platines (j’ai également un tourne-disque mono dans ma chambre à coucher, pour les disques sixties que j’écoute parfois la nuit). Se trouvent là 4 à 500 disques vinyles dont je ne me séparerais pour rien au monde. En choisir 5 est donc vraiment très compliqué pour moi, d’autant qu’à mon sens les grandes discothèques servent à cela : toujours avoir le choix.

Mais bon… Pour ne pas me dérober au jeu, je vais malgré tout citer quelques disques qui tournent beaucoup ces jours-ci sur mes platines : 

– Lee Hazlewood, « Cowboy in Sweden », que vient de rééditer l’excellent label spécialisé ‘Light in the Attic’.

– Françoise Hardy, « If you listen », son rare album anglophone de 1972 dans un pressage japonais de 1979 (on me dit que Parlophone/Warner pourrait bientôt le rééditer, certainement à l’automne prochain).

– Un coffret des cinq albums de Lush (1989-1996 ; shoegazing pop), paru l’an dernier pour le Record Store Day et intitulé « Origami » (4AD).

– Pour être un peu plus actuel, et citer trois disques parus cette année, je conseille vivement le dernier Jesus and Mary Chain « Damage and Joy », le dernier Toy « Clear Shot » (Heavenly Records) et le dernier Real Estate « In Mind » (Domino Records).

– Plusieurs rééditions Nina Simone chez Philips, notamment « I sput a spell on you » et « Wild is wind », de 1965 et 1966. 

– Enfin, pour faire un peu de prospective, je suis impatient d’être le 8 septembre, pour découvrir en vinyle le 13ème album d’Indochine (un groupe que j’adore défendre, car je sais que le parisianisme déteste ça ; et je corresponds un peu avec Nicola Sirkis — il m’a d’ailleurs envoyé un texto me disant qu’il avait beaucoup apprécié « La Rivière atlantique », qu’il écoutait en enregistrant à Los Angeles), dont on vient de découvrir le premier extrait « La vie est belle », titre dont la production me semble parfaite (il est mixé par Mick Guzauski — Daft Punk, Air, Pharell Williams, etc. —) Vivement !

Crédits photos : Amélie Lengrand


Suite à l’interview, j’ai eu l’immense chance de pouvoir écouter et toucher de mes propres mains ce merveilleux disque. Je ne saurai que trop vous inviter à la découverte d’une telle oeuvre. Le mot est posé, ce disque n’est rien d’autre qu’un chef d’oeuvre, des musiques planantes,  rock electro, obscur et rêveur à la fois… des artistes qui se complètent, accompagnés par un violoniste  hors-pair, qui subjugue. Arielle comme à l’accoutumée est incroyable de créativité,  et il est évident que cette rencontre presque improbable entre ces trois artistes fait naitre un  extrait de perfection…

La pochette cartonnée est belle, sans fioriture, et met en exergue ce très joli graphisme :

Cet album fait parti de ceux qui pour moi, ne peuvent être écoutés autrement que sur ce type de format. Le vinyle s’adapte si bien aux oeuvres purement artistiques, au temps qui passe mais que l’on apprivoise… Ce n’est pas Henri qui dirait le contraire…

Je remercie sincèrement Arielle, Nicolas, Henri et enfin Alexandre pour le temps sacré qu’ils m’ont offert. J’espère avoir attisé votre curiosité et que vous vous jetterez sur ce disque fabuleux,

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