Arielle Dombasle et Nicolas Ker ou la rencontre des mondes (CorseMatin)

La belle et la bête. Il serait si confortable mais tellement injuste de les résumer ainsi. Comme le titre de son premier album, c’est de liberté dont on parle avec Arielle Dombasle et Nicolas Ker. Liberté d’aimer, de détester, de débattre, de s’engueuler. Liberté de parler de tout pour, au terme d’une conversation que le commun des mortels qualifierait de « perchée », accoucher, sans le vouloir, d’un album, Rivière Atlantique. Question de champ magnétique. Parce qu’il a été conçu en ne suivant aucune règle sinon celles qu’ils ont bien voulu se dicter, l’album leur ressemble. Ils l’ont présenté en avant-première, hier soir, sur le plateau ajaccien et taillé pour eux de l’émission Mezzovoce, produite par Mareterraniu et Paul Rognoni. De quoi lancer la dixième et dernière saison au son d’un rock noir et romantique. Décollage.

La légende veut qu’Arielle Dombasle vous ait sollicité ainsi : « Écrivez-moi un album Nicolas ». Pourquoi dit-on oui à Arielle Dombasle ?

Nicolas Ker : Parce qu’on s’entendait bien. En fait, c’était pas une volonté délibérée. D’abord, on s’est bien marré, on pensait pas du tout faire un album ensemble. Y avait pas le commencement d’une queue de cerise d’une telle idée. On se voyait pour se parler, passer du temps ensemble. On n’est pas passé par des éditeurs, c’est des conneries ! On s’est rencontré au cirque d’hiver pour parler de tout, de la vie.

Rien de musical à la base, en fait…

NK : Si, mais ce n’était pas vraiment le propos. C’est d’abord une question d’amitié, vraiment. J’étais en train de terminer l’enregistrement d’un album et j’ai dit à Arielle pour déconner : « Venez faire les choeurs. » On a fait une chanson. On a voulu qu’on fasse un maxi et puis l’agent d’Arielle a dit « mais faites un album ». C’est venu par hasard, y avait pas d’appel d’offres. Mais à la base, on parlait pas musique mais de Pierre Clementi !

Votre personnage opère un mariage parfait avec cette part d’ombre chez Nicolas Ker. C’est aussi cela qui vous a attiré chez lui ?

NK : (il coupe) Non, on est pareils ! Elle m’a présenté lui (Henri Graetz, violoniste, assis à ses côtés, n.d.l.r.) et il est encore plus taré que moi ! C’est juste une question de champ magnétique ! On se complète pas, y a pas d’ombre et de lumière qui se complètent.

Arielle Dombasle : Un album, c’est une odyssée. Cela n’avait rien de commandé. Ce qui m’a plu tout de suite, c’est la plus belle des voix.

NK : Et puis je connaissais votre film Les pyramides bleues et ça vous a bien bluffée !

AD : C’est un film que j’ai réalisé et j’ai été surprise qu’il le connaisse. C’était un peu comme un continent partagé.

Pourquoi ce nom, Rivière Atlantique ?

AD : Avec les amis, c’est toujours une discussion qui ne finit jamais. Alors on a parlé de Pasolini, de bouddhisme, de catholicisme. C’est une sorte de communauté de goûts. On s’est aperçu qu’on aimait la même musique, les mêmes auteurs. La musique est un élément parmi d’autres. Comme un soleil avec des planètes qui tournent autour. Se crée une conversation secrète. Et…

NK : C’est Arielle qui a trouvé le nom. On parlait de la cathédrale engloutie de Ys (ville submergée par les flots selon la plus célèbre légende bretonne, n.d.l.r.). On a rapproché ça de l’Atlantide et d’un coup Arielle a dit : la rivière Atlantique.

AD : Il y a aussi l’idée que ma mère, lorsqu’elle a quitté les États-Unis où elle était fille de diplomate, on lui demandait souvent si elle préférait la France ou l’Amérique. Elle répondait : « Je préfère le bateau ». Car ce qui est joli, finalement, c’est la traversée, les bateaux prennent toujours le même chemin, comme une rivière, comme un courant qui traverse l’Atlantique. C’est cette iconographique que l’on aime du courant romantique noir.

Depuis votre premier album Liberta en passant par Glamour à mort, vous avez évolué dans différents univers. Vous ne vous refusez rien. Que recherchez-vous musicalement, Arielle Dombasle ?

AD : Je recherche la cathédrale engloutie. Comme au cinéma, on est choisi mais on a un petit libre-arbitre, comme une sorte d’intuition qui vous dit : « C’est là qu’il faut aller ». Ces chemins bifurquent mais pour soi, c’est une évidence, pour correspondre à soi-même. Je me laisse toujours emporter, c’est cela que j’aime. Ce que je recherche avant tout, c’est de ne pas savoir.

À quoi pense-t-on lorsque l’on écrit un album pour Arielle Dombasle ? À l’égérie ? La créature ? L’artiste ? La femme, simplement ?

NK : Mais moi je ne pense à rien ! Je m’en fous ! Je ne m’emmerde pas avec ça.

AD : Nicolas m’a fait découvrir beaucoup de choses que je ne connaissais pas, des artistes notamment. Avec cette liberté, cette nouveauté que générait Andy Warrol. C’est la rencontre des mondes.

Vous vous êtes qualifiée de « soprano dramatique ». Décidément, vous ne faites rien comme les autres…

AD : C’est ainsi que l’on a qualifié ma voix. La soprano dramatique a une longue voix, avec des graves et une capacité de monter haut dans les aigus.

NK à AD : Qu’est-ce que c’est que ces bêtises encore ! On s’en fiche ! Pourquoi voulez-vous être nommée à ce point, vous qui combattez tout le temps le fait d’être nommée ? Alors pourquoi défendez-vous des conneries pareilles ! Moi, je ne connais même pas mon registre, ça ne compte pas !

AD : Ce qui est extraordinaire avec Nicolas, c’est qu’il a composé au moins 1 000 chansons mais il ne note rien, n’écrit rien.

Le cadre de Mezzovoce, intimiste, chaud et un brin baroque vous correspond parfaitement. Comment avez-vous atterri à Ajaccio ?

NK : J’adore ! C’est la deuxième fois que je joue ici. On a recroisé le producteur (Paul Rognoni, n.d.l.r.) qui nous a dit qu’il voulait nous revoir. C’est simple. Mais c’est aussi une question d’ondes, je vous le dis. Les choses ne se font pas par hasard. Vous savez, quand je compose, je reçois des musiques qui me tombent dans la gueule, toutes seules, sans rien faire, c’est comme ça. Mais j’ai une chance énorme, c’est d’être entouré de musiciens géniaux qui matérialisent les choses que je vois et qu’ils voient aussi. C’est la plus grande chance de ma vie, bien plus grande que la célébrité, l’argent, dont j’ai rien à foutre ! Bon, j’aimerais avoir un peu plus d’argent (rires) mais le pouvoir, je ne sais pas ce que c’est. Je suis comme une poule devant un pneu de 747, je comprends rien. J’ai un privilège énorme d’être entouré de génies qui comprennent ce que je reçois.

« Quitte à mourir, autant être belle, autant mourir en Saint-Laurent ». C’est vous ou celle que vous souhaitez afficher ?

AD : J’ai beaucoup aimé Yves Saint-Laurent, je l’ai connu très malade, il regardait fixement le tapis. Il était très drogué et extraordinairement malheureux, j’aimais son extrême vulnérabilité. L’extrait dont vous parlez est une chanson de Philippe Katerine. Lorsque je lui ai demandé de me faire un album, je voulais que ce soit une ode à San Juana Ines de la Cruz, une mystique mexicaine étonnante. Tous les morceaux de Glamour à mort parlent de sainteté, de prières et là, Saint Laurent, c’est à la fois le saint et le couturier qui disait « le nu est le plus beau des vêtements » ou les deux bras de l’homme qu’on aime. Alors quitte à mourir, mourir avec style.